lundi 7 juillet 2008

Frissons

J'ai vécu aujourd'hui le plus grand moment télévisuel sportif de ma toute jeune vie. Bien que le hockey soit sans nul doute mon sport favori, le tennis est celui que je préfère regarder au petit écran. Depuis plusieurs années, je ne manque pas une finale de Grand Chelem et étant assez jeune, mon expérience avec le monde du tennis de résume beaucoup à l'observation d'une des plus magistrales séquences de succès dans le sport, celle de Roger Federer. Aujourd'hui détenteur de 12 titres du Grand Chelem, 55 titres, 75 présences en finale, il a été minimum des demis-finales des 17 derniers Grand Chelem, une série gargantuesquement phénoménale.

En ce dimanche 6 juillet, la quinzaine 2008 de Wimbledon se concluait de la plus sublime façon qui soit, un duel entre les deux titans du monde de la raquette: Roger Federer et Rafael Nadal. Dauphin du Maître depuis maintenant 3 ans, Nadal n'est certes pas en reste en cette période faste du tennis masculin. C'est fort de 4 titres du Grand Chelem, tous remportés à Rolland Garros, que l'Espagnol s'amenait sur le court anglais pour prouver à la planète qu'il était plus qu'un spécialiste de la terre battue. Ayant montré un service colossalement amélioré ainsi qu'un jeu au filet rehaussé, force est d'admettre qu'il avait les moyens de ses ambitions.

Nous avions donc droit à une rencontre qui à coup sûr serait historique. Quintuplement champion en titre, le Suisse Federer avait en tête d'abaisser définitivement le record de cinq victoires consécutives au All England Club dont il était co-détenteur avec le mythique suédois Björn Borg. Quant à Nadal, il tentait de devenir le premier depuis 28 ans à maîtriser la terre battue et le gazon, Rollang Garros et Wimbledon, dans une seule et même année.

Nous étions promis à un grand choc. D'une part, le Roi du gazon, Empereur de l'herbe où il était invaincu depuis 65 matchs durant lesquels il avait célestement dominé la rapide surface tandis que d'autre part, le Prince de l'ocre, l'affamé loup à l'irascible détermination et au talent brut inquantifiable.

Nul besoin de dire que j'étais tôt debout, rivé à mon téléviseur et suspendu aux lèvres des commentateurs pour suivre ce qui se promettait d'être un match stratosphérique. Partisan viscéral du Suisse, c'est avec halètement que je suis chacun des corsés échanges qui meublent les deux premiers sets qui vont à l'avantage, à mon grand damne, du Majorquin. 10 balles de bris gaspillées par le no 1 mondial, un complexe palpable face à son éternel rival, plusieurs erreurs surprenantes de leurs caractères inhabituels. Déjà, je suis prêt à lancer la serviette, franchement déçu de l'effondrement de mon favori dont on annonce la fin du règne depuis déjà quelques mois.

Or, grâce à une détermination qui nous était apparue absente lors de la dernière quinzaine française, Roger se maintient tant bien que mal en vie lors du 3ième set. Les échanges sont succulament disputés. Chaque coup victorieux du Suisse me fait littéralement rugir, chacune de ses erreurs me désolent vivement. Visiteuse redoutée mais quelque peu attendu, la pluie joue les troubles fêtes. Retour aux vestiaires pour les 2 géants de la raquette.

Après une interruption qu'on aurait souhaité plus brève, le jeu reprend. Visiblement, le champion en titre a tout sauf abandonné là où plusieurs de ses partisans, dont moi-même, avaient capitulé. Tous deux imprenables aux services, les deux joueurs doivent se disputer le bris d'égalité où Federer, plus impérial que jamais dans ce match, sert avec une assurance exaltante pour s'enfuir avec la 3ième manche.

Visiblement revigoré par ce mental gain, FedExpress joue un tennis d'enfer au 4ième set. Enfilant orgasmiques coups droits décroisés et revers délicieusement liftés, il tient tête à l'Espagnol dans une manche diablement relevée et âprement disputés. C'est encore une fois le bris d'égalité qui départagera les deux grands.

Durant un quinze minutes qui restera gravé dans la mémoire de plusieurs, durant l'espace d'un moment divin, le temps de nombreuses palpitations, balle de manche, balle de championnat se succèdent dans un des plus magistral dialogue sportif qui fut. La tension est palpable, la foule est à fleur de peau, l'Histoire s'écrit. Après maintes échanges, souffles retenus, déceptions amères, Federer s'empare d'une deuxième manche.

L'improbable se produit. Nous aurons droit à une cinquième et décisive manche. Une cause que l'on croyait perdue est ravivée et les spectateurs sont en liesse. Il n'y a plus de doute possible, chaque spectateur et télé-spectateur se sait choyé d'assister à ce grand moment. Il s'agit de ces situations où la Vie nous fait de ses grâces dont elle chérit jalousement le secret.

Ce dernier set, quel set. Puisqu'il n'y a pas plus dramatique que l'Histoire qui s'écrit, chaque coup gagnant devient péripétie d'un récit aux ampleurs indescriptibles. Après un second malencontreux délai de pluie, le Roi est plus incisif que jamais. Les deux joueurs s'échangent impoliment la balle dans une symbiose qui fait trembler un gazon qui fut pourtant foulé par maintes légendes. Le duo de tennisman est investi d'une mission: obtenir le bris de service. Or, ces derniers sont fort avares de leur service si bien que l'on doit attendre jusqu'à 7-7 pour voir l'Espagnol faire trembler son rival. Désormais en avance, Rafa concrétise rapidement le tout. Il est désormais le nouvel Empereur du gazonné sol londonnien.

Le Suisse est détruit. En conférence de presse, il laissera l'émotion se saisir de lui, lui d'ordinaire si posé. La défaite est amère de part son côté tragique. À l'aube de la saison sur dure, l'incertitude plane sur la disposition du no 1. Ses supporters compatissent tristement avec sa légitime douleur. Le Roi tremble, ses fondations périment lentement et le Prince Nadal répond "présent" lorsque vient le temps de chercher candidat pour la passation du pouvoir de l'empire mondial de la raquette.

Aujourd'hui, j'ai probablement vu le plus grand match de l'Histoire du tennis, quel beau et noble sport, simplement.

9 commentaires:

mclovin a dit…

C'était pas ton rêve de ptit cul de devenir journaliste sportif? Ca serait joussif!

Paul a dit…

Je dois avouer que je suis d'accord avec McLovin, tu as un certain talent pour la description d'événements sportifs.

angie22 a dit…

d'accord avec les deux autres!

ça me tue d'avoir manqué ce match, j'ignorais que ça jouait à la tv, j'ai pas suivi ça. j'adore regarder le tennis à la tv moi aussi.

et au risque de te décevoir, je préfère nadal à federer parce que nadal était le petit nouveau qui devait vaincre le maître en place. et tu fais ma journée en disant que c'est chose faite ;)

Pinocchio a dit…

Je suis moi aussi un fan inconditionnel de Federer: un athlète en tous points. Je suis triste.

N'empêche que Nadal et Federer sont tous deux de grands champions avec des attitudes irréprochables on & off court.

J'avais commencé à regarder le match hier... et, obligations obligent, j'ai dû abandonner le petit écran. J'espère retomber sur une reprise des 2 derniers sets.

Très bel article, continue.

Anonyme a dit…

Pour moi, tu l'écoutais pas à RDS pour être si captivé par les commentateurs...
Federer est un des Très grand, peut-être le plus grand, mais le règne Nadal commence.
Pour ce qui est des femmes, à quand un règlement qui va interdire les chevaux de jouer. Les Williams je suis PU capable

volage a dit…

Il faudrait travailler fort pour me faire écouter un match de tennis...

Malgré tout, je me suis claquée ton billet en entier. Ça c'est une victoire en soi.

L'Ours qui a vu l'Homme a dit…

"Pour ce qui est des femmes, à quand un règlement qui va interdire les chevaux de jouer. Les Williams je suis PU capable"

Mauresmo ressemble à l'ancien guitariste de Megadeth, en 2x plus bâtie. anonyme c'est un king des commentaires approuvables. J'approuve.

Anonyme a dit…

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Merci pour ce billet très agréable… et souriant (pour un sujet pas évident) !